Rassemblement des élus : Laurent Berger s'est adressé aux militants

Publié le 09/02/2016 à 10H29
Lors du rassemblement des élus, Laurent Berger est venu débattre avec les 1 200 participants. Des échanges francs et constructifs au cours desquels il a fortement insisté sur le sens des responsabilités nécessaire à chacun et la détermination de la CFDT à ce que demain soit meilleur. 

En fin de programme mais en préalable à l'écahnge avec les militants, le secrétaire général avait délivré le coeur de son message dans une intervention que nous reproduisons ci dessous :

Discours de Laurent Berger

Bonjour à tous, militants et militantes CFDT de Bretagne !

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui.

Vous êtes vraiment nombreux ! 

C’est un beau moment que vous venez de vivre. Vous qui êtes au quotidien mobilisés par vos mandats et par l’action syndicale auprès des salariés, vous avez pu prendre le temps d’une pause ensemble, le temps de l’échange ; le temps aussi de prendre la mesure de vos engagements et des résultats obtenus. 

J’espère que vous en êtes fiers. Parce que moi, je suis fier de vous  - et très heureux d’être des vôtres. 

C’est votre énergie incroyable, la somme de tous vos combats et de toutes vos victoires, qui donne sa force à la CFDT ; qui fait que quand moi, son secrétaire général, je mets une proposition sur la table - ou quand je tape du poing sur la table – on m’écoute et on en tient compte ! 

Quand j’entends vos témoignages, je me dis que ce n’est pas tout à fait un hasard si la CFDT est à l’origine de la plupart des avancées sociales dans ce pays -  j’y reviendrai. 

La CFDT, c’est vous ; ce sont des acquis qui changent vraiment la vie des gens ; ce sont des valeurs fortes de justice, de solidarité, de démocratie, d’émancipation, qui nous guideront toujours et sur lesquelles on ne transigera jamais. 

C’est aussi une histoire, une belle histoire, dans laquelle nous puisons notre cohérence et notre capacité à répondre aux défis du présent. 

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 Le monde bouge à une vitesse incroyable.

 Aujourd’hui, avec les mutations du numérique, avec la transition écologique indispensable pour préserver la planète et ses habitants ; ce sont nos façons de vivre, de produire, de consommer, d’échanger, de nous déplacer… et bien sûr de travailler, qui évoluent profondément. 

Ces évolutions sont incertaines, par nature : il y a de vraies menaces – des métiers qui disparaissent ; de nouveaux emplois qui se développent en marge des régulations existantes -; mais il existe aussi de réelles opportunités : opportunité de créer de nouvelles activités, de gagner en qualité de vie… 

Il y a surtout de nouveaux besoins et de nouvelles attentes. Et je crois qu’une des évolutions majeures, c’est qu’il n’est plus possible aujourd’hui de dire aux gens– et encore moins aux salariés : c’est comme ça, point ; ne cherchez pas à comprendre pourquoi, ne cherchez pas à faire autrement, contentez-vous d’appliquer (ou de subir) les décisions prises sans vous. 

Face à tout cela, (je vais schématiser un peu) : il y a d’un côté, un patronat qui ne comprend absolument rien à ce qui se joue ; de l’autre, des organisations syndicales qui refusent tout changement. 

Forcément : le changement, ça percute. Ca oblige à changer de grille de lecture et à se mettre en mouvement.

Mais c’est ça ou subir. Et à la CFDT, ce n’est vraiment pas dans nos habitudes de subir !

Je pense aux militants de l’Agroalimentaire. Ils ont vécu de plein fouet la crise de la filière, une filière fondamentale pour votre territoire. Ils ont vécu les drames humains, la colère ; ils ont touché de près l’impasse d’un certain modèle et l’échec d’un certain patronat, incapable de penser long terme, de penser autrement que « moins de charges, moins de tout ». Quand ils ont été confrontés aux plans sociaux, les militants de la Lampaulaise comme ceux de Gad n’ont pas baissé les bras : ils se sont battus pour maintenir l’activité, pour sauver les personnes et les emplois. Ils ont refusé de subir.

La CFDT a refusé de subir, en Bretagne, la lente dégradation de l’outil productif et l’immense gâchis de milliers d’hommes et de femmes laissés sur le carreau. Elle a tiré la sonnette d’alarme, a dit qu’il fallait anticiper, investir, sécuriser les salariés et développer leurs compétences ; elle a pesé au sein de la conférence sociale régionale ; elle a porté à bout de bras le volet social du Pacte d’avenir, et a mis en place la GPEC territoriale ; pour redonner un destin à votre région et une seconde chance aux salariés. 

Subir, ce n’est pas vraiment dans nos habitudes. Je pense aux militants de Rennes Métropole. Les agents de la Fonction publique, trop souvent, sont confrontés à des réformes menées par le petit bout de la lorgnette, sans information, sans concertation préalable. Les militants CFDT, est ce qu’ils se sont résignés ? Surement pas ! Ils ont cherché où étaient leurs marges de manœuvre et comme ça n’existait pas, ils ont innové : en ayant recours à l’expertise, pour montrer à l’employeur, preuve à l’appui, qu’on pouvait faire des économies autrement qu’en les faisant peser sur les personnels. 

Pour toutes ces raisons, vous ne m’entendrez jamais me joindre au concert de ceux qui disent que « c’est foutu » ou que « c’était mieux  avant ». 

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Moi, je pense que ce sera mieux demain.

Car nous ne vivons pas une crise, mais un changement de modèle. Donc, tout est ouvert et il n’appartient qu’à nous de transformer les « menaces » en « opportunités ».

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut mettre de côté les vieilles recettes ; celles qui consistent à serrer les boulons et à comprimer les gens.

Et qu’il est temps d’aller vers des solutions neuves, pour construire du progrès social. A la CFDT, on a des idées et d’ailleurs on a déjà commencé à les mettre en œuvre.

D’abord, il faut arrêter de chercher un « cap » dans les pourcentages et dans les courbes ; si on change, c’est pour aller vers quoi ?

Quelle société voulons-nous ?

Une société où on vit et où on travaille mieux ; une société où personne n’est laissé au bord du chemin.

Cette société, on peut la construire si on sort d’une logique « court-termiste », qui donne « toujours plus à quelques-uns » ; pour aller vers une stratégie de long terme, qui promet « toujours mieux pour tous ».

Si on arrête de regarder comme des « charges » et comme des « freins » ce qui constitue en fait des investissements.

Je pense à l’action publique – indispensable au développement économique, à la cohésion sociale.

Et je pense bien sûr, au travail, premier facteur de richesse ; aux salariés, qui apportent leurs compétences, leur savoir-faire et leur créativité pour produire des biens et services ; aux agents, qui soignent, éduquent et protègent sur tous les territoires en ayant le sens du service public.

C’est le sens de la stratégie que nous avons choisie au congrès de Marseille.

Une stratégie fondée sur la qualité ; donc sur la montée en gamme de l’économie et sur la montée en qualification de tous les salariés ; donc sur l’investissement et la formation.

C’est la raison pour laquelle la CFDT a soutenu le Pacte de responsabilité, pour lequel le patronat doit aujourd’hui rendre des comptes, et qu’avec la Confédération européenne des syndicats, nous réclamons une mise en œuvre ambitieuse du Plan Juncker et des suites concrètes à l’accord climat de la COP 21.

C’est la raison pour laquelle nous pensons que le compte personnel d’activité peut être la première brique d’une refondation de notre modèle social.

Le Compte personnel d’activité, c’est une idée que la CFDT porte depuis longtemps et pour laquelle nous resterons ambitieux, quels que soient les projets du Gouvernement.

Pour nous, ce compte devra rassembler tous les droits personnels obtenus ces dernières années (droits rechargeables, compte personnel de formation, compte de prévention de la pénibilité, mais aussi compte épargne temps) et en créer de nouveaux, afin de constituer pour chaque individu – salarié ou non, quel que soit son statut - un « bagage de droits » qui l’accompagnera tout au long de sa vie et qu’il pourra mobiliser à tout moment, selon ses besoins : pour se former, pour prendre un congé pour développer un projet personnel ou passer du temps avec sa famille… 

L’objectif de ce compte, c’est de donner à chacun l’accompagnement, la sécurité et la liberté nécessaires pour qu’il puisse mener la vie qu’il souhaite, et s’émanciper. 

Certains diraient que c’est de l’utopie. Et alors ? Peut-être, mais ça sera aussi très concret si on s’en donne les moyens. Et ça, c’est une belle définition du progrès social.

Et c’est par le dialogue social que cela se construit.

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Le dialogue social est au cœur du syndicalisme CFDT. 

D’abord, parce que c’est la voie la plus efficace pour obtenir des avancées concrètes pour les salariés.

Qui pèse dans la période ? Qui est vraiment utile aux salariés et aux agents ? Ceux qui s’engagent et qui négocient.

Les acquis de ces dernières années, c’est la CFDT qui les obtenus : si, depuis le 1er janvier, tous les salariés, même les plus précaires, peuvent bénéficier d’une complémentaire santé ; si le compte pénibilité existe malgré les coups de butoir du patronat ; si avec les droits rechargeables, il y a désormais 15% de chômeurs en moins qui arrivent en fin de droits…

C’est grâce à la CFDT ; parce que nous n’avons jamais refusé le dialogue, mais que nous sommes toujours entrés dans les négociations avec des propositions solides et une idée claire de là où nous voulions aller.

C’était le cas avec l’accord PPCR dans les Fonctions publiques, que nous avons signé car il comportait de réelles avancées pour les agents en termes de carrières et de rémunération ; et nous seront présents au rendez-vous salarial en février pour réclamer le dégel du point d’indice.

Et ce sera encore le cas dans les négociations Assurance chômage qui s’ouvrent la semaine prochaine ; le contexte est très tendu et ce sera une négociation difficile ; mais nous serons à la hauteur de nos responsabilités vis-à-vis des demandeurs d’emplois qui ont besoin de nous. 

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Le dialogue social, c’est aussi une certaine conception de l’entreprise. Je ne me résoudrai jamais à l’idée que l’entreprise, c’est juste le patron, et que son but, c’est juste le profit.

Parce que c’est faux ! L’entreprise n’existe pas en dehors de la société et du territoire où elle est ancrée. Et quand on glorifie l’entrepreneur qui « innove et qui prend des risques » ; on oublie un peu vite que derrière, il y a un « collectif de travail » qui fait tourner la machine ; des salariés qui détiennent concrètement les savoir-faire et qui sont exposés aux risques de l’activité.

Notre rôle à nous, c’est de leur redonner du pouvoir dans l’entreprise ; en construisant avec eux des revendications, pour peser sur les orientations stratégiques, sur les décisions d’investissement et de formation, sur l’organisation du travail et sur la QVT.

Ce n’est pas seulement une question de justice, c’est aussi une question de performance économique. J’en ai rencontré très souvent des militants plus affutés que leurs patrons sur la réalité de leur boite, plus attachés au long terme, capables de parler de stratégie industrielle et de mettre des propositions sur la table ! 

C’est la même chose dans les Administrations : si on veut une action publique à la hauteur des enjeux, il n’est pas possible que tout ce qui concerne les métiers, l’organisation et la qualité des services, soit réglé par une circulaire depuis Paris. Les grandes orientations doivent être prises avec ceux qui les font vivre au quotidien !

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Notre syndicalisme, il est exigeant, il ne raconte pas d’histoire, il ne se défausse pas sur d’autres.

Mais de plus en plus, c’est ce syndicalisme que les salariés attendent. Ils le disent dans les sondages d’opinion (et ils le montrent dans les élections professionnelles) : ils veulent plus de dialogue ; ils veulent du sens et des résultats.

Alors, nous devons saisir toutes les occasions de mettre en avant et de renforcer notre syndicalisme, d’être toujours plus utile aux salariés. 

La loi de modernisation du dialogue social est une occasion. En réorganisant le fonctionnement des instances, elle va décharger les élus des tâches stériles et chronophages, pour qu’ils puissent se consacrer à leurs missions politiques : un dialogue économique plus efficace, plus de proximité avec les salariés, un lien plus étroit avec la section.

Pour que ça fonctionne, il faudra des moyens à la hauteur. On attend toujours les décrets, et sur cette question cruciale, je vous assure qu’on fera pression sans relâche.

Au premier semestre 2016, il y aura aussi la loi El Khomri ; qui devrait donner plus de place à la négociation d’entreprise pour créer des droits au plus près des besoins. Mais sans toucher aux fondamentaux : la CFDT l’a dit et redit, la durée légale du travail, c’est 35h ; la règle, c’est le CDI ; et on ne touche pas au SMIC, parce que les mini jobs à 4 euros l’heure, ce n’est pas notre projet de société.

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Ce sont des changements majeurs ; mais à a la CFDT, on y croit, parce que, contrairement à d’autres, on n’a pas peur de nos militants. On a confiance dans votre capacité à tenir les deux bouts : les valeurs et les résultats. 

Mais on sait aussi le boulot que ça représente ; les changements de pratiques au moment où il faut mettre en œuvre de nombreux accords ; et la difficulté, trop souvent, à « faire avec les acteurs qu’on a ». 

Je sais que, pour certains, c’est dur ; j’entends l’essoufflement. 

Mais je vous le dis, ce n’est pas le moment de baisser les bras. Tout ce qu’on porte, ce en quoi nous croyons - un dialogue économique et social efficace, un syndicalisme concret et utile ; tout cela est sur le point de prendre une ampleur nouvelle.

Et ce sera une épreuve de vérité. 

Le patronat qui, d’un côté, réclame « moins de loi, plus de contrat », et de l’autre, voudrait fragiliser les représentants des salariés et n’a juste rien compris au dialogue social, devra clarifier ses positions et s’engager. 

Et de l’autre côté, ceux qui se plaignent, commentent, ceux qui bloquent, devront rendre des comptes. Surtout avec la généralisation des accords majoritaires que nous réclamons. 

Avec ces nouvelles réformes ; mais aussi avec l’entrée en vigueur de ce que nous avons obtenu et avec tout ce que nous engageons en interne (je pourrai y revenir) : nous sommes sur le point d’ouvrir un boulevard à notre syndicalisme et à la CFDT - 2016 est peut-être la dernière année où nous sommes seconde organisation syndicale…

 Mais cela ne se fera pas sans vous.

Donc, nous serons à vos côtés, à chaque niveau de l’organisation, pour mettre à votre disposition l’accompagnement, la formation syndicale, les moyens, les outils (je pense au Kit SPP) ; qui vous permettrons d’accomplir vos missions dans les meilleures conditions. 

Le chantier que nous avons lancé sur l’évolution de nos structures y participe : mieux nous organiser, travailler davantage en réseau, en complémentarité : c’est plus de proximité avec les militants.

La proximité, c’est indispensable : pour garder notre ancrage dans un monde du travail de plus en plus complexe, pour être plus efficace dans nos actions, pour être attractif.

Et donc, pour nous développer ; car être plus nombreux c’est être plus fort.

Etre plus fort, c’est aussi avoir confiance dans notre capacité à réfléchir ensemble et à mettre en débat nos choix ; c’est donc renforcer nos pratiques de débat en interne et à tous les niveaux. Il y a tant de sujets à débattre pour avancer ensemble. Alors menons ces débats !

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Une CFDT plus forte, c’est indispensable dans la période. Alors que la démocratie est fragilisée, que de plus en plus de citoyens n’ont pas confiance dans l’avenir ; nous pouvons être un pôle de stabilité et les relais d’un message de progrès.

Nous sommes – avec d’autres - les garants de valeurs fortes et d’une certaine conception de la démocratie. Nous ne pensons pas que les solutions viendront d’un homme ou d’une femme providentielle, mais nous croyons à l’intelligence collective. Nous reconnaissons que la société est traversée par des intérêts contradictoires, mais nous pensons qu’on peut rassembler, confronter, débattre.

Nous croyons que c’est avec des compromis qu’on transforme la société.

Alors, allez-y, continuer. Vous inventez vos propres façons de militer, et même quand tout semble bloqué, vous trouvez des voies de passage. C’est loin d’être simple et vous seriez sans doute plus tranquilles chez vous à faire du jardinage ; mais au bout du compte, vous améliorez concrètement la vie des gens. Vous faites plaisir à voir.

Comptez sur la CFDT, comptez sur moi, pour valoriser ce que vous faites et pour vous donner les moyens de continuer !

Vive la Bretagne, et vive la CFDT !