A Morlaix, les élus CFDT emportés par un souffle militant

Publié le 25/02/2014 à 15H27
Plus de 1 000 élus CFDT bretons se sont réunis le 6 février à Morlaix. Avec un objectif : renforcer le soutien et l’accompagnement des militants présents au quotidien dans les entreprises et les administrations. Au programme, des débats, des échanges, un zeste d’humour… et des trombes d’eau. Retour heure par heure sur une journée particulière.

8 h 30. Un voile de pluie en lever de rideau

Les phares des premiers cars transpercent le rideau de pluie qui s’abat sur le parc des expositions de Langolvas. Ni le déluge ni les bourrasques n’ont démobilisé les élus CFDT des quatre départements bretons qui se rassemblent pour la première fois à Morlaix. Un à un, les chauffeurs libèrent les militants venus de Fougères, de Vannes, de Landerneau ou de Lamballe. La plupart d’entre eux affichant une mine chiffonnée par quelques heures de trajet. Mais tous heureux de se retrouver en « famille » pour toute une journée. Une famille syndicale nombreuse, composée de plus de 1 000 élus qui agissent quotidiennement dans les entreprises et les administrations bretonnes. Nombreuse et variée. Sur la table où sont disposés les badges des inscrits on peut lire les noms de sociétés douloureusement rattrapées par l’actualité, Mory-Ducros, Gad et Doux, mais aussi celui de banques, d’entreprises industrielles, d’hôpitaux, de conseils généraux, de municipalités… Les mains se tendent dans une joyeuse cohue, passent au-dessus des épaules pour attraper la cordelette et le petit rectangle cartonné ouvrant les portes derrière lesquelles seront organisées les tables rondes, les échanges et les débats qui rythmeront la journée.

9 h. Les stands pris d’assaut

Les stands des partenaires et les espaces CFDT dressés dans les deux halls du parc-expo n’ont pas besoin d’artifices pour attirer le chaland. Ils sont vite submergés par la foule. Les élus sont à l’affût de renseignements, engagent la discussion, s’emparent des plaquettes et des flyers. « J’ai la gorge sèche, sourit Claudie Mignard une des animatrices du stand sur la sécurisation des parcours. Cette question intéresse tous les secteurs. J’ai discuté avec des militants, des associations, des syndicats… Des métiers évoluent, d’autres risquent de disparaître. On montre que la formation est directement liée à l’emploi. » Les autres espaces consacrés aux pratiques syndicales, à l’Ifreb, à l’égalité pro mais également ceux tenus par des experts, des responsables de mutuelles ou d’organismes de formation professionnelle, connaissent le même succès… Au grand dam des parapluies orange. Mis à disposition pour circuler d’un hall à l’autre, ils n’ont pas chômé !

10 h. La parole aux ateliers

« Les changements professionnels, on les subit trop souvent quand on a un pépin de santé ou lors d’un licenciement. Les gens préparés et formés rebondissent plus vite ». Le message lancé par la chargée de mission à Catalys aux 300 militants qui assistent à l’atelier consacré aux nouveaux outils pour favoriser l’emploi est clair : Il faut anticiper les évolutions pour ne pas les subir. Même son de cloche quelques mètres plus loin. « La base de données unique, c’est la première pierre d’un nouveau modèle de dialogue social, affirme Laurent Beziz, avocat chez LBBa, lors de la table ronde ayant pour titre Agir sur la stratégie de l’entreprise. Désormais, grâce à la loi, les instances représentatives du personnel ont un accès permanent à l’information, avec une vision prospective. »

De quoi sortir de l’approche court-termiste de certaines entreprises ou administrations et lutter, entre autres, contre la précarité. « Au Conseil général du Finistère, la section s’est investie pleinement dans l’accueil d’emplois d’avenir ». À la tribune du débat sur l’Action syndicale face à la précarité, Joëlle Hémery revient sur son expérience. « Un accord national, il faut le faire vivre localement. On a la chance d’avoir parmi nous des jeunes qui vont apprendre un métier pendant trois ans. C’est un challenge formidable », lance-t-elle devant des élus qui ne peuvent qu’acquiescer.

12 h 30 Partage d’expériences et de paninis

Midi et demi, place au déjeuner. Les claquettes que joue la pluie sur le toit en tôle ne couvrent pas les discussions entre cédétistes. Entre deux bouchées de paninis, les élus partagent leurs expériences de mandats, leurs combines pour obtenir des résultats. Cette obsession de se mettre au service des électeurs qui leur ont fait confiance se poursuit à la tribune lors du débat qui ouvre la plénière. Les militants de la société de maintenance mécanique Meunier et ceux de l’hôpital de Paimpol témoignent de leurs engagements pour préserver l’emploi, favoriser l’égalité professionnelle ou améliorer la qualité de vie au travail. « Préparez l’avenir, c’est ce que vous faîtes au quotidien martèle le secrétaire de la CFDT Bretagne, Louis Baron. Cette action apporte des résultats. Au niveau national, la CFDT est au coude à coude avec la CGT. Pas au niveau régional où elle est largement en tête. 41,4 % de représentativité, c’est une satisfaction mais aussi une grande responsabilité. »

15 h 30. « Les analyses d’Uri »

« Louis, tu peux me donner l’adresse de ton coiffeur ? » L’interpellation interroge. Drapeau orange dans la main droite, calendrier sous le bras, sac siglé CFDT à l’épaule, un fantasque militant monte sur scène sous le regard éberlué de la salle… « J’ai pas tout saisi quand on a parlé d’analyse d’Uri, c’était pas très clair. C’est un forum santé ou quoi ! » « Moi c’est l’utilisation des fongicides dans la formation que j’ai pas bien compris ». Les duettistes de la compagnie Impro’infini s’en donnent à cœur joie, reprenant point par point les temps forts de la journée pour mieux les détourner. La salle se gondole. Laurent Berger aussi.

Difficile de se concentrer à quelques minutes du discours de clôture mais l’ambiance est à la fête lorsque le secrétaire général prend la parole. « Ne cédons pas à la tentation du tout va mal, déclare-t-il sous les applaudissements. Aujourd’hui s’expriment des discours de haine qui sont inacceptables. Nous disons non à l’intolérance, au racisme, à l’antisémitisme et à la xénophobie. Nous avons le devoir de redonner confiance en l’avenir ». « Deux priorités guident notre action : l’emploi et le travail, poursuit-il soulignant les accords signés par la CFDT en 2013 dans un « bras de fer tendu avec le patronat et dans l’adversité syndicale ». Des priorités qui se déclinent dans les entreprises. « Qui mieux que vous vit et anime cette proximité avec les salariés ? » lance Laurent Berger à des élus qu’il a côtoyés pendant une journée entière. Ces mêmes  élus qui lui réservent une ovation, debout dans les gradins.

Dehors, la pluie redouble de puissance. Morlaix a les pieds dans l’eau. Pas de quoi doucher l’enthousiasme des militants qui regagnent le terrain de leurs combats quotidiens, regonflés comme jamais.