Egalité entre les femmes et les hommes à la CFDT, on est encore loin d'une réelle parité

Publié le 04/12/2012 à 13H55
Qu'en penses les militantes ? Maryvonne Guiavarc'h, ancienne secrétaire générale de l'URI, et Lydie Nicol, actuellement chargée de mission crise, nous donnent leur point de vue.
Egalité entre les femmes et les hommes à la CFDT, on est encore loin d'une réelle parité
Egalité entre les femmes et les hommes à la CFDT, on est encore loin d'une réelle parité
Qu'en penses les militantes ? Maryvonne Guiavarc'h, ancienne secrétaire générale de l'URI, et Lydie Nicol, actuellement chargée de mission crise, nous donnent leur point de vue.

 

Comment, en tant que femmes, avez-vous vécu votre prise de responsabilités ?

LN : Pour le moment, je pense faire mes choix de la même façon qu’un homme car personnellement, je me refuse  à faire ces choix en fonction de ma vie familiale. J’essaie de gérer mon parcours de militante comme je gèrerais mon parcours professionnel, à ceci près qu’étant détachée à temps plein de mon poste, je dispose d’une grande autonomie et donc il plus facile de concilier les différents temps de vie.

MG : En 1990, nous étions 2 femmes à arriver en responsabilité pour la 1ère fois dans l’UD du Finistère : Michelle Grall et moi-même. Cette décision marquait la volonté des responsables de progresser et elle a donné un signe important. Cela s’est donc déroulé dans de bonnes conditions. Je me suis vite sentie à l’aise. Il a seulement fallu prouver qu’une femme pouvait faire aussi bien qu’un homme et acquérir rapidement les compétences nécessaires pour vaincre les réticences de certains habitués à une image de permanent homme « naturellement » compétent et disponible.

A partir de 1997, le nombre de femmes en responsabilité a progressé et ce réseau « informel » a été porteur. Devenir secrétaire générale de la CFDT Bretagne et membre du bureau national a été un honneur, la reconnaissance d’un parcours et de compétences acquises.

AB : Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

LN : Non. Tant que je peux anticiper, mon organisation vie pro/vie familiale est relativement facile. J’ai aussi la chance de pouvoir m’appuyer sur mon mari, notamment par rapport à notre petite fille.

Pour autant, je ne suis pas naïve : les mandats que j’exerce aujourd’hui sont encore facilement gérables. Je serai obligée de mieux considérer les impacts sur ma vie familiale si, à l’avenir, on me proposait un poste de permanent. A mon sens, le cœur du problème à la CFDT est là : quand vous acceptez ce type de mandat, concilier les temps de vie devient très compliqué. Ce n’est pas seulement dû au fonctionnement de nos structures, c’est aussi dû au fait que nous sommes avant tout des militant(e)s qui agissons par conviction. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup de femmes hésitent à s’engager dans cette voie, surtout  quand elles sont jeunes et au début de leur vie professionnelle et familiale.

 

MG : Non, plutôt la découverte – une fois que j’y étais – qu’il y avait certains  fonctionnements qui ne correspondaient pas à mes manières de faire. La période était marquée par des tensions fortes en interne avec des fonctionnements au « rapport de force » opposés à ma conception du débat et de l’action dans la CFDT. Mon expérience m’a permis d’y faire face ; quelqu’un de moins expérimenté aurait renoncé…

Les contraintes du travail de proximité avec les équipes (par ex. disponibilité en soirée) m’ont toujours paru acceptables et compatibles avec ma vie familiale et personnelle même s’il a fallu quelquefois « jongler » (mais cela existe dans d’autres professions) avec parfois l’impression de « louper » des temps forts, de rester en second (le permanent homme étant plus disponible). Le métier de permanent syndical a des contraintes, mais il permet aussi des souplesses d’organisation que n’ont pas tous les salariés.

J’ai tout de même parfois ressenti que, pour certains, ce rythme de vie n’était pas « normal » pour une femme, surtout si elle a des enfants…. Mais j’ai assumé mes choix et je pense avoir apporté à mes enfants d’autres aspects qui ont compensé quelques absences physiques !

Pour vous, existe-t-il, à la CFDT, une réelle égalité entre les femmes et les hommes ?

MG : La volonté affirmée d’avancer vers davantage de mixité – soutenue par les responsables – a permis des progrès certains. Mais on est encore loin d’une réelle parité et il faut toujours veiller pour l’avenir. Il y a un réel risque d’avoir des femmes en responsabilité à des niveaux de proximité sans qu’il y ait une visibilité régionale, nationale plus représentative des salariés.

LN : Non, il n’y a qu’à regarder la proportion de DS femmes, ou la diminution du nombre de femmes au fur et à mesure que les responsabilités s’accroissent. Nous n’échappons pas aux mêmes travers que les entreprises, mais on sent quand même une réelle volonté d’avancer et cela de façon  systémique. Pour autant, en Bretagne, et particulièrement dans le 29, il existe une sensibilité particulière sur le sujet qui fait que le fonctionnement interpro prend en compte cette thématique, notamment dans l’organisation des réunions, des formations,… 

 Que faudrait-il encore améliorer ?

MG : Garder un volontarisme et des objectifs dans le cadre d’une véritable politique ressources militantes, anticiper les renouvellements de responsables. Travail qui nécessite une prise en charge par les secrétaires généraux (URI et UD). Nous devons aussi poursuivre les efforts sur l’organisation du travail au sein des structures : accepter de voir que certains fonctionnements (malgré les améliorations) relèvent encore de « cultures anciennes » principalement masculines. Faire aussi que les conditions d’accompagnement matériel affichées soient réellement mises en œuvre.

LN : Limiter le nombre de mandat par militant, rendre obligatoire la formation avant toute prise de mandat, notamment pour les jeunes responsables et intégrer la notion d’égalité pro dans toutes les formations. En fait, cela rejoint la question de la sécurisation des parcours militants et comment vivre au mieux ce type de mandat  sans être en rupture avec son parcours professionnel.