La Bretagne mise sur la croissance bleue

Publié le 19/11/2015

Le groupe DCNS, constructeur français de sous-marins et de navires de défense, a décidé de se lancer dans la production d’énergies marines renouvelables. À la clé, une filière d’avenir et des milliers d’emplois. Parmi les acteurs qui ont porté et défendu ce dossier, des militants CFDT ont mené un minutieux travail de lobbying.

C’est en 2008 qu’un groupe de travail se constitue au sein de DCNS, réunissant onze sections syndicales du groupe pour appuyer la création d’une filière spécialisée dans les énergies marines renouvelables. Son objectif est de peser sur la stratégie économique de la direction, qui cherche à pallier une baisse des commandes. Leur idée est de booster la R&D (recherche et développement) de DCNS pour mettre au point et commercialiser des fermes d’éoliennes flottantes. Car ce type d’éolienne, qui peut être implanté loin des côtes et en eaux profondes, bénéficiant ainsi de vents forts, n’existe pas en Europe. Avec ses 2 700 km de côtes, la Bretagne dispose d’un excellent potentiel éolien marin et doit innover vite avant que le secteur ne dépende de fabricants étrangers.Eolienne

Le réseau interétablissement de la CFDT-DCNS mène alors plusieurs actions de front : réaliser un bilan prospectif à l’horizon 2020, identifier des coopérations avec d’autres industriels, d’autres régions, impliquer les salariés et la direction du groupe. Les militants se relaient pour faire du lobbying auprès des élus locaux et régionaux, les ministères. Leur travail donne lieu à une vaste campagne d’information avec la diffusion d’un rapport d’expertise sur les enjeux de la filière. La CFDT le présente successivement aux Assises de la mer et du littoral, aux élus locaux, au Conseil régional, aux présidentiables de 2012, et multiplie les réunions avec les salariés et la presse.

Adossée à la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise, la création d’un « incubateur de recherche » sur les énergies marines renouvelables est décidée en 2009 afin d’expérimenter les différentes technologies et de mettre au point des prototypes d’éoliennes flottantes que DCNS ambitionne de développer et de commercialiser. Aujourd’hui, plus d’une centaine de personnes y travaillent, et deux projets vont bientôt se concrétiser.

Deux minifermes s’apprêtent à voir le jour
La première ferme pilote d’hydroliennes « made in France » est en cours d’installation à Paimpol-Bréhat (Côtes-d’Armor) et sera opérationnelle à la fin de l’année. La réussite du projet permettra de lancer la filière française des hydroliennes. Une deuxième expérimentation débutera en 2019 au large de l’île de Groix (Morbihan) avec des éoliennes flottantes. Dès 2022, deux fermes commerciales devraient fournir une production d’électricité équivalente à celle d’un réacteur nucléaire (1 000 MW), soit trois fois la consommation annuelle d’une ville comme Rennes (240 000 habitants). En 2030, dix parcs éoliens flottants pourront être installés au large du littoral atlantique, générant des milliers d’emplois.

Mais le travail des militants ne s’arrête pas là : plusieurs syndicats des fédérations CFDT, dont Construction et bois, Métallurgie, Transports (pour la pêche), Défense, et Chimie-énergie, se sont réunis dans un comité interprofessionnel sur les énergies marines en Bretagne dans l’optique de promouvoir l’emploi local.

Défendre l’emploi dans la région
« Notre lobbying se voit récompensé puisque la région a décidé de créer un terminal dédié aux énergies marines dans le port de Brest. Tout plaide pour que les emplois restent en Bretagne, mais la tentation de la sous-traitance est forte pour les entreprises, et nous devons rester très vigilants », alerte David Riou, responsable CFDT du groupe énergies marines en Bretagne. La CFDT a fait valoir que DCNS possède déjà le savoir-faire requis pour la fabrication, l’installation et la maintenance d’éléments en milieu marin et revendique qu’une mention « précisant que les éoliennes et les hydroliennes seront fabriquées en France » soit intégrée aux futurs appels à manifestation d’intérêt. Car « DCNS est le premier employeur industriel sur Brest et Lorient, et nous voulons qu’il le reste ! », insiste David. La région, qui a investi 220 millions d’euros dans le nouveau port de Brest, devrait appuyer la demande.