Mobilisation pour le climat-COP 21 Notre planète, c’est nos emplois !

Publié le 21/01/2016

David Riou, responsable syndical à la DCNS Brest et conseiller CFDT au CESER de Bretagne était observateur de la COP 21 au sein de la délégation CFDT. Il nous rappelle des données essentielles et répond à quelques questions.

Grande Cause nationale 2015, la lutte contre le réchauffement climatique est un défi qu’il est primordial de relever. En effet, le cinquième et dernier rapport du Giec souligne l’importance des activités humaines dans le dérèglement climatique et ses principales manifestations :

•          la température moyenne annuelle a augmenté de 0,85 °C depuis 1880 et pourrait croître jusqu’à près de 5°C d’ici à 2100 ;

•          plus de 90% de l’énergie due au réchauffement climatique est stockée dans l’océan ;

•          l’océan Arctique pourrait être libre de glace avant le milieu du 21e siècle et les glaciers de montagne continueront à se vider. Le niveau de la mer s’est élevé de 0,19 mètre au cours de la période 1901-2010. Le GIEC prévoit une hausse probable de 26 à 82 cm d’ici à 2100 ;

•          les concentrations de CO2 liées à l’homme ont augmenté de 40% depuis 1750 et de 20% depuis 1958.

Retour sur la COP 21 qui a eu lieu à Paris en décembre dernier :

Action Bretagne : David tu as participé en tant qu’observateur à la COP 21 avec la délégation confédérale CFDT, pourrais-tu nous dire à quoi consiste une COP ?

David Riou : Une COP est une Conférence internationale du climat. COP est l’abréviation de Conférence des Parties, c’est une conférence supranationale sur l’environnement, ou plus précisément sur les changements climatiques. Elle est un peu la version environnementale de l’ONU. Chaque année, les participants de cette conférence se réunissent pour décider des mesures à mettre en place. 

Les participants, appelés « parties », sont les Etats signataires de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), adoptée à RIO en 1992. Ratifiée par 196 « parties », cette convention reconnaît l’existence d’un réchauffement climatique dû à l’activité humaine et donne aux pays industrialisés la responsabilité de lutter contre ce phénomène. Les COP sont annuelles et sont destinées à adopter des mesures pour que tous les Etats signataires réduisent leur impact sur le réchauffement climatique.
Les décisions prises lors de ces conférences doivent être adoptées à l’unanimité des parties ou par consensus uniquement. Chaque session de COP est donc fondamentale, car elle permet de faire un bilan de l’année écoulée, mais également de renouveler ou ajuster de précédents engagements.

AB : Peux-tu nous dire à quel titre les organisations syndicales étaient présentes lors de cet événement ?

DR : Les organisations syndicales forment l’un des neuf grands groupes pouvant bénéficier du statut d’observateur accrédité au sein de l’espace régi par l’Organisation des Nations unies pendant la Cop 21. La délégation CFDT avec la CSI (Confédération Syndicale Internationale) a pu avoir ainsi accès à l’espace des négociations entre Etats et a essayé de peser de tout son poids pour que les négociateurs français relaient l’exigence syndicale de transition juste pour les travailleurs.

AB : Tu évoques la CSI, peux-tu nous rappeler quelles étaient les revendications du mouvement syndical international pour cette COP 21 ?

DR : La CSI avait trois axes de revendications majeures :

         Garantir des mesures de transition juste pour les travailleurs

         Clarifier la participation des pays développés au Fonds vert pour le climat afin d’assurer le financement des mesures d’adaptation au changement climatique et augmenter ce fonds après 2020;

         Relever l’ambition des Etats en termes de limitation de la hausse de températures à 2°C et assortir les engagements d’un mécanisme de suivi périodique

AB : Que peux-tu nous dire sur le résultat de cette COP 21 ?

DR : Un accord international sur le climat a été approuvé à l'issue de la COP 21, c’est le premier accord universel de l’histoire des négociations sur le climat. Cela va permettre de lancer une véritable dynamique internationale.

En effet, après 12 jours d'intenses négociations entre les 196 parties réunies pour la Conférence de Paris, un premier accord équilibré sur le climat a été signé pour engager la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il confirme l'objectif central de contenir l’augmentation de la température moyenne en-deçà de 2 degrés, et de s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5 degré, afin de réduire les risques et les impacts liés aux conséquences du changement climatique.

Le texte de la COP21 est loin de satisfaire l’ensemble des trois revendications de la CSI, mais constitue une première étape.

AB : Peux-tu nous dire si tu as pu évoquer le travail réalisé par la CFDT sur le dossier de la transition énergétique en Bretagne ?

DR : La COP21 a également été l’occasion  de réaffirmer auprès des différents acteurs rencontrés (conseillers ministériels, députés nationaux et européens, sénateurs, élus régionaux, personnalités) nos revendications CFDT sur la filière des EMR en Bretagne par exemple. On a également pu partager sur le travail réalisé par les équipes CFDT sur le sujet avec les membres de la CSI  lors du sommet citoyen qui s’est tenu en même temps que la COP.

Comme l’indique l’étude stratégique et économique relative au développement des Energies Marines Renouvelables en Bretagne et Cornouailles Britanniques (Etude « Stratégie Economique des Energies Marine Bretagne et Cornouailles », étude favorisant la coopération franco-britannique dans le cadre du projet MERiFIC), il est démontré que la filière EMR sera créatrice d’emploi en Bretagne : « Parmi les 3 000 à 5 000 emplois directs potentiellement créés dans les EMR d’ici à 2030 en Bretagne, l’éolien flottant sera la première filière avec plus de 1 500 emplois directs pour les deux scenarii ; il s’agit principalement d’emplois industriels de production. Ceux-ci font par ailleurs appel à des emplois indirects pour la filière de sous-traitance, évalués à plus de 4 500 emplois (scénario bas) et jusqu’à près de 10 000 emplois (scénario haut) pour l’ensemble des EMR, dont une part significative pourrait être captée par la filière industrielle locale bretonne, la Cornouailles, ainsi que les régions limitrophes comme le Pays de la Loire, la Basse et Haute Normandie. »

Cette filière, évoquée à plusieurs reprises lors de la COP 21, permettra de capter de nouveaux marchés, pouvant aller jusqu'à la sauvegarde de l’emploi dans certaines entreprises et assurera le maintien des compétences dans les bassins d’emplois, en ligne avec les objectifs environnementaux. Cette filière contribuera au développement de nouveaux métiers, de hautes technologies exportables dans le monde.

AB : En région, comment vont se traduire les engagements pris lors de la COP 21 ?

DR : Les engagements pris lors de la COP 21, se traduiront  en région dans les Schémas Régionaux Climat Air Energie(SRCAE) qui seront rediscutés pour la période 2016-2020 et aux travers des Plans Climat Energie Territoire (PCET), avec des actions concrètes qui devront être au rendez-vous pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Sur ce point, la région Bretagne est déjà en ordre de marche avec son PCET breton qui est constitué d'actions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées au fonctionnement de la Région et à l'exercice de ses politiques publiques (ex. : actions pour rendre les lycées plus économes en énergie, etc.).

Plusieurs projets créateurs d’emplois sont déjà menés sur tout le territoire breton, par des acteurs privés et publics qui se mobilisent en déployant des projets et en expérimentant de nouvelles manières de faire. Qu'il s'agisse de rénovation énergétique des bâtiments, des énergies renouvelables, notamment marines, de sécurisation des approvisionnements, de la biomasse, les actions se multiplient en Bretagne et devront se renforcer.

Pour conclure sur l’événement je dirais qu’en 2015, nous avons souvent dans nos écrits locaux (CESER, Syndicats, tracts...) évoqué la COP 21, et c’est une chance d’avoir pu y participer en tant qu’observateur. En ce début d’année 2016, il faut maintenant continuer notre travail sur la transition juste, qui est dans le préambule de l’accord, en  intégrant cette notion à l'échelle de nos territoires et de nos entreprises.