CADRE et MILITANTE, au service de l’emploi des jeunes

Publié le 19/12/2013 à 11H56
Les valeurs CFDT  au service de l’emploi de l’emploi des jeunes. Quand des cadres agissent pour l’emploi des jeunes. Propos recueillis par Véronique Le Faucheur

Joëlle Hémery, cadre au conseil général du Finistère, responsable territoriale des collèges du pays de Cornouaille. Responsable de la section CFDT du CG de 2001 à 2011.

Son territoire la Cornouailles, 19 collèges, 19 jeunes recrutés en Cornouailles à ce jour.

70 emplois d’avenir au total ouverts au conseil général du Finistère pour 2013 dont 35 portés par la conviction de trois responsables territoriaux  des collèges, 70  jeunes recrutés  à ce jour sur le département.   Une deuxième vague de recrutement  prévue pour 2014.

Joëlle,  vous avez, toi et tes deux collègues, soutenu haut et fort le dispositif emplois d’avenir au conseil général du Finistère.  Quel a été le déclic ?

Février 2013, les élus annoncent la possibilité de créer des emplois d’avenir dans la collectivité.   Très vite l’idée est de les intégrer dans la GPEC mais le projet me semble manquer d’ambition quant à la diversité des métiers et des  possibilités de qualification.

Immédiatement je mesure la  particularité de ce dispositif et identifie des leviers qui manquent aux autres contrats aidés que nous pouvons recevoir.  Ce contrat est différent car  il prévoit un  accompagnement global  au parcours  professionnel et social par la mission locale, ainsi qu’un engagement à former.  De plus, nous allons avoir du temps (3 ans).

« Faire confiance aux jeunes »,

Avec mes deux collègues responsables territoriaux des collèges,  nous partageons une conviction forte   et construisons la démarche en concertation étroite bien sûr avec les principaux et gestionnaires de collège qui vont les accueillir au quotidien dans leurs équipes.

Quels sont les leviers pour réussir ces recrutements ?

Une ambition forte des  trois responsables territoriaux  pour convaincre l’ensemble des acteurs sur les profils, le mode de recrutement, et une ouverture  large sur  les métiers.

Une conviction  partagée sur la qualité du dispositif 

-          En termes de durée, trois ans ça donne le temps de former, d’orienter et de préparer à la qualification.

-          Un accompagnement des jeunes par la mission locale avec un engagement de suivi.

-          Des engagements Sécurisé par l’accompagnement global de la mission locale  au-delà du recrutement mais sur tout ce qui pourrait faire frein à l’emploi (logement, transport, santé…)

Un projet partagé par tous les acteurs et particulièrement par les principaux et gestionnaires de collège qui sont  au quotidien responsables de  ces agents dans leur établissement.

Véronique :

Recruter des jeunes peu ou pas qualifiés,  de zone urbaine sensible   ou de  zone rurale, en difficulté scolaire,  pour certains porteur de handicap,  pour d’autres en difficulté sociale, des jeunes aussi sans difficulté particulière mais  à qui l’on reproche le manque d’expérience….

Cette diversité de profils, vers une offre  de métiers  que vous avez voulu la plus large possible : beau défi à relever mais on l’imagine  pas facile quels ont été les leviers ?

La première chose  c’est un pari sur la jeunesse, un contrat de confiance avec ces jeunes.  Comme nous l’avons dit à chacun, nous avons besoin de vous, de votre jeunesse, de votre dynamisme, vous avez besoin de notre expérience…

Comment avez-vous procédé ?

  • Qui dit jeunes éloignés de l’emploi, sans qualification  dit aussi adaptation des modes de recrutement.
  •  A partir de profils de poste diversifiés (maintenance, entretien de locaux, espace vert, restauration) nous avons adressé les fiches de postes précises à la mission locale. A elle de nous proposer cinq candidatures par poste.

Des jeunes pas ou peu préparés aux entretiens de recrutement, pas armés pour le monde d’aujourd’hui

  • Pour chaque poste un jury composé du responsable territorial, du principal et du gestionnaire du collège avec une procédure d’entretien particulière.
  • A partir d’un petit questionnaire  extrêmement simple préparé au préalable  de l’entretien nous engageons  la rencontre sur trois éléments
    • Qu’auriez-vous envie de faire ?
    • Qu’est ce qui vous a manqué ?
    • Ensuite retour sur le test de repérage réussite et difficultés.
  • Une grille de repère pour les recruteurs, savoir être, savoir faire, relation à l’écrit et  à la lecture,  motivation et projet et compatibilité avec le contexte de ce collège.

Aujourd’hui 19 jeunes sont recrutés sur ton territoire.

Quelles sont leur perspectives ?

 Nous avons retenus des profils différents. Pour certains jeunes, des difficultés de savoir de base sont d’abord à prendre en compte mais qui n’empêcheront en rien une progression professionnelle puisque le CG a prévu des formations de remise à niveau.

Pour d’autres, déjà formés à un CAP ou BAC pro mais sans diplôme la préparation des concours d’adjoint technique  sont envisageable. Mais cela pourra être aussi un recrutement direct soit au CG soit dans d’autres collectivités quand le dispositif sera calé.

Quels enseignements en retires-tu,

comme cadre, comme militante CFDT ?

Faire confiance aux jeunes, s’engager avec eux c’est la priorité. Il est aberrant de demander à des jeunes n’ayant pas travaillé d’avoir de l’expérience.

Il n’est pas non plus admissible que tous les savoirs faires d’agents de collectivités s’envolent sans avoir pu les transmettre.

Travailler sur les modes de recrutement pour ne pas priver des jeunes (certes en difficulté avec l’écrit par exemple) de valoriser leur compétence.  

Ne pas se leurrer non plus, il s’agit bien de contractualiser. Un engagement un peu de dernière chance pour certains, une main tendue. Mais dont il ne faut pas être dupe : le contrat est clair sur l’engagement des jeunes à rendre le service que l’on attend d’eux, accompagnés certes mais il s’agit bien d’un vrai boulot.

Maintenant c’est parti nous  verrons au fil de l’eau. Tout est à inventer, c’est aussi ce qui est formidable. Le partenariat avec la mission locale est essentiel dans la réussite de ces parcours,  la formation et le tutorat seront bien sûr au rendez vous.

Un beau pari sur leur avenir….

Hier responsable syndicale, aujourd’hui cadre territorial, penses tu que ton expérience militante participe aujourd’hui à  la façon dont tu prends en charge tes responsabilités ?

Sur un projet comme celui-ci c’est évident, la construction d’un projet, la méthode à mettre en place pour  aboutir à nos objectifs auprès de ces jeunes, l’intérêt du service public dans les difficultés économique et sociale d’aujourd’hui, la conviction, la ténacité,  et la force de persuasion que l’on développe dans le syndicalisme ont été utiles.  J’ai tout appris avec la CFDT. Je continue de mettre en pratique dans mon travail quotidien : le regard et l’analyse syndicale ne me quitte pas. Mais cette fois au service des missions que j’accomplis pour les collèges.

Ensuite, des convictions partagées avec mes collègues … c’est une des clés de la réussite.

A ces jeunes maintenant d’y aller, à nous de les accompagner !