Le logement, une question syndicale ?

Publié le 21/01/2016 à 13H54
Agir en syndicat sur la question du logement. Voilà une idée qui ne coule pas de source. Pour beaucoup le logement relève de la sphère privée, du choix individuel. Et pourtant chacun sait qu’il existe un lien fort entre la possibilité de se loger, la capacité à trouver un emploi ou poursuivre des études. 

Plus généralement, l’actualité ne cesse de nous rappeler l’importance de la qualité du logement pour beaucoup des politiques qui construisent nos sociétés : celle de l’éducation, celle de la santé publique, celle de la sécurité… Sans compter que la qualité énergétique des bâtiments est bien un sujet central pour la transition énergétique mais aussi pour le développement de l’emploi dans ce secteur.

 Pour toutes ces raisons, en dépit des fausses évidences, il y a bien une vraie légitimité et un vrai besoin pour le syndicalisme de prendre cette thématique en compte. C’était l’objet de la journée de réflexion organisée sur ce thème le 25 novembre à Ploufragan. Une trentaine de militants et responsables ont ainsi pu échanger avec des intervenants venus de la CAF, d’associations comme ARO Habitat Bretagne, ADELE, ou INICIAL, de la confédération et des équipes CFDT du CHP St Grégoire(35) et de l’entreprise Phonyr (56).

Les apports des spécialistes ont permis de revenir sur l’histoire du logement au 20éme siècle depuis la période où on s’en remettait au seul marché pour fournir le parc de logements, même si l’idée de logements sociaux existe depuis le XIXème siècle ; jusqu’à l’après guerre qui voit émerger l’idée d’une politique du logement fondée sur la participation de tous avec la création du 1% logement. C’est la période du baby boom et de la reconstruction qui entraine, après le terrible hiver 54, la décision de création massive de logements sociaux. Il faut le savoir, c’est la moitié du parc qui est alors sorti de terre en 20 ans et on est passé d’un délai de 20 mois pour construire un logement en 1955 à 6 mois en 1959. Preuve qu’une politique volontariste est possible. Enfin, il n’est pas inutile, même s’il est nécessaire de faire la critique des grands ensembles construits dans les années 60, de se souvenir que c’est seulement à la fin de cette décennie qu’ont disparu les grands bidonvilles qui ceinturaient Paris (Aubervilliers, Nanterre …).

Aujourd’hui, l’urgence existe toujours mais prend d’autres formes et les réponses aux situations difficiles ou de détresse sont souvent mal connues de ceux qui en ont besoin. C’est là que le syndicalisme doit être un acteur pertinent. Pas en faisant de ses militants des experts ; les procédures, la réglementation, sont trop complexes pour cela. Mais en se mettant en capacité d’adresser chacun vers l’interlocuteur qui sera à même de lui fournir la bonne réponse.

Une multitude de dispositifs existent pour faire face à la diversité des situations. Il ne s’agit plus de loger massivement selon des stéréotypes simples. Aujourd’hui, les formes d’emploi se sont diversifiées, les modèles familiaux également, la mobilité a explosé et donc les modes d’aide doivent s’adapter pour répondre aux besoins.

C’est très souvent à une demande complexe qu’il s’agit de répondre en actionnant les bons leviers, éventuellement en partenariat entre plusieurs institutions. Pour les individus, cela peut être  une aide à l’accès au logement, au financement, au maintien dans le logement, une garantie de loyer …Mais les fonds collectés par Action Logement permettent aussi des actions collectives sur l’aide aux politiques publiques, le financement de l’offre locative.

D’après ce que disent les experts de vrais efforts de simplification sont faits avec une réforme qui va entrer en vigueur à la mi 2016 et simplifier l’accès à l’information et la possibilité de déposer un dossier.

Reste qu’il faudra toujours aiguiller les personnes vers la bonne sonnette et structurer l’offre de logements sociaux pour la rendre accessible à ceux qui en ont besoin. Sur ces deux dimensions, il semble clair que le bon niveau c’est le territoire, notamment en s’intéressant aux politiques d’attribution conduites par les collectivités.

Le syndicalisme, lui, doit prendre sa part en permettant aux militants, en particulier les délégués syndicaux, de pouvoir mettre en contact les demandeurs qu’ils côtoient et qui les interrogent avec l’interlocuteur qui pourra les informer et les aider à construire leur dossier. Là encore c’est une logique de réponse locale qu’il nous faut déployer, autour des structures syndicales interprofessionnelles mais aussi sans doute des institutions représentatives du personnel dans les entreprises.