Aéroport de Lannion : quand toute la CFDT se mobilise…

Publié le 05/11/2013 à 14H28
Menacé de fermeture, l’aéroport de Lannion a arraché un prolongement de son activité de quatre ans grâce à la CFDT, qui s’est mobilisée de la section locale à l’interprofessionnel, en passant par la fédération des transports et de l'environnement.


Aéroport de Lannion : fin des turbulences par CFDT_TV

 

J’aurais dû partir si l’aéroport avait fermé. Pourtant, je suis très attaché à cette région. » Marc Meudic est assistant de pistes depuis vingt et une années sur l’aéroport de Lannion. Il y a un an, comme les 19 autres salariés du syndicat mixte qui exploite cette structure, il a craint pour son travail. En tout, une cinquantaine d’emplois sont directement liés à l’activité aéroportuaire : la sécurité, le contrôle aérien, la restauration et la location de voitures. Déficitaire de 3,1 millions d’euros, Lannion fait partie de ces petits aéroports menacés de disparition en raison d’une non- ou faible rentabilité. Ou plutôt faisait partie, car, depuis la mobilisation de la CFDT, la donne a changé.

Le pro et l’interpro en ordre de marche

Sylvie Le Callet, technicienne d’escale et déléguée syndicale CFDT, a commencé à mobiliser dans sa section. Cette militante a connu à peu près toutes les perturbations économiques et sociales qui ont secoué le transport aérien ces dernières années. Elle est passée de TAT à Air?Lib puis à British Airways pour atterrir à Lannion, le tout sans changer de carte syndicale !

     

L’activité passagers

Le trafic passagers est en baisse par rapport aux années 2007 avec 49 633?passagers ; en 2010, il n’est plus que de 32 775, 34 331 en 2011 et 32 635 en 2012. En 2013, la compagnie s’est fixé l’objectif de 38 730 passagers. En moyenne, 70 % des passagers sont en classe affaires, dont 25 % voyagent pour le compte d’Orange, 15 % pour Alcatel, 18 % de clients étrangers et 12 % pour les PME-PMI locales.

Autour de Sylvie, l’union locale, l’union départementale, l’Uri et la Fédération générale des transports et de l’équipement CFDT entrent dans la danse. Toutes ces instances alertent à leur tour les politiques à leur niveau jusqu’au ministère des Transports – qui, alors que les autres financeurs se montrent très rétifs, reçoit une délégation CFDT en juillet. Celle-ci, chiffres à l’appui, convainc le ministère de reconduire son financement, entraînant les autres avec lui. « L’enjeu dépasse largement les 50 emplois menacés : il porte sur tout le territoire du Trégor-Goëlo », explique Stéphane Grall, de l’Union locale. Le pays du Trégor-Goëlo héberge deux grosses entreprises, Orange et Alcatel, qui comptent respectivement 1 000 et 730 salariés. Autour d’elles, il y a quelques entreprises high-tech, et d’autres encore qui ont été attirées par le dynamisme territorial. Au total, le pôle Pégase compte 300 TPE ou PME. Elles utilisent régulièrement la ligne aérienne Hop ! (filiale d’Air France), qui met Paris à 70 minutes de Lannion.

Noël Foret, directeur du site d’Orange, affirme qu’« une fermeture de l’aéroport gênerait considérablement l’activité du site ». Selon Philippe Péran, ingénieur d’affaires chez Alcatel, qui se déplace plusieurs fois par mois à Paris et ailleurs, « cela complexifierait beaucoup notre tâche en nous éloignant du siège parisien, sans compter que l’entreprise a déjà connu plusieurs restructurations. Une centaine de mes collègues seraient concernés ». Pierre Buisson, ingénieur chez iXBlue, une PME tournée vers l’international qui produit une fibre optique spéciale, confirme : « Chez nous, une dizaine de personnes utilisent l’avion régulièrement. Une fermeture serait un handicap pour notre développement. » D’après Marie Morin, qui fait de la veille équipementier chez Orange Labs, « sans avion, les déplacements à Paris empiéteraient sur la vie privée des salariés concernés ».

Lannion et le Trégor paient cher leur enclavement dans les Côtes-d’Armor. Le train, y compris le TGV, met quatre heures et demie pour rejoindre Paris ; en voiture, c’est cinq heures ! « Impossible de faire l’aller-retour dans la journée, explique Sylvie Le Callet. Cela implique de passer une nuit d’hôtel à Paris et rend l’avion compétitif aux yeux des voyageurs d’affaires qui bénéficient d’un tarif spécial entreprises. » Ces derniers représentent 70 % des voyageurs de Lannion. Pour autant, le déficit est là, et les contribuables comblent le trou. Le conseil général s’était engagé à financer l’aéroport jusqu’à l’arrivée de la ligne à grande vitesse, en 2017. Mais voilà, la LGV pourrait être de nouveau retardée. De plus, Lannion se trouve en concurrence dans le département avec l’aéroport de Saint-Brieuc, sur lequel le trafic est moindre bien qu’il soit équipé pour recevoir des avions gros porteurs. Lannion ne dispose que d’une piste courte…

Travailler sur les moyen et long termes

Bref, à la mi-septembre, la délégation de service public (DSP) attribuée à Hop ! a été reconduite pour quatre ans. Mais, d’ores et déjà, le nombre de rotations entre Lannion et Paris va diminuer, passant de trois à deux dès ce mois d’octobre. Il est question de suppressions d’emploi ou de chômage partiel dans certains secteurs comme la sécurité. Pour René Perroquin, secrétaire de l’UD 22, « la décision de reconduire la DSP règle le problème à court terme. À la CFDT, nous voulons examiner le développement du territoire sur les moyen et long termes à travers les questions de transports, de développement durable mais aussi de sécurisation des parcours professionnels. Les salariés n’ont pour l’instant aucune formation adaptée si une alternative au transport aérien était nécessaire. Nous allons y travailler ».