La CFDT du Finistère brise le tabou de la précarité menstruelle

Publié le 19/02/2021

La précarité menstruelle impacte bon nombre de femmes et pourtant ce sujet reste encore tabou en France. Si le gouvernement a décidé d'allouer des fonds à l'achat de protections hygiéniques pour aider les lycéennes, les étudiantes ou les femmes les plus précaires, ce problème impacte également les salariées. À partir du 8 mars, à l'occasion de la journée internationale sur le droit des femmes, la CFDT du Finistère mènera des actions pour présenter ses revendications sur le sujet. Solenn Talarmin, secrétaire départementale en charge du dossier égalité professionnelle, présente l’engagement de la CFDT pour réduire les inégalités et permettre aux femmes de vivre dignement.

Solenn, peux-tu préciser ce qu’est la précarité menstruelle ?

La précarité menstruelle c’est l’impossibilité pour les femmes de pouvoir s’acheter des protections hygiéniques durant leurs règles ou d’en avoir suffisamment pour se protéger correctement. Il faut savoir qu’en moyenne le budget mensuel dédié à ce besoin essentiel est de 7.50 € sans compter les frais annexes.

Combien de femmes sont impactées par ce problème ?

En 2019, un sondage estimait qu’1,7 million de femmes n'avait pas les moyens de s'acheter des protections hygiéniques. Il indiquait également que 8 % des femmes et des filles renonçaient à changer de protection hygiénique autant qu'il le faudrait. Toujours en 2019, un rapport sur l’égalité femmes hommes faisait état que 12 % des femmes ne pouvaient aller au travail ou sortir de chez elles faute de protections. Ces chiffres sont alarmants et ce sont les chiffres de 2019 ! Entre temps, la crise sanitaire a provoqué une montée de la précarité, et malheureusement, nous ne pouvons craindre légitimement qu’une aggravation de ces chiffres.

Comment la CFDT entend agir sur le sujet ?

Nous sommes partis du constat que puisque 12 % des femmes ne pouvaient aller travailler, nous avions un rôle à jouer en tant qu’organisation syndicale pour permettre à ces femmes de vivre dignement et éviter une forme d’exclusion sociale et professionnelle. Nous avons également eu écho d'une initiative d'une militante CFDT qui souhaite faire installer au sein de sa collectivité des distributeurs de protections à destination des agents. J'ai ensuite fait des recherches sur le sujet et il s'avère que dans les pays anglo-saxons, comme l'Ecosse par exemple, les entreprises et administrations financent un accès gratuit aux protections hygiéniques pour leurs salariées. De grands groupes le font également en France. En Finistère, nous avons la chance d’avoir une entreprise qui innove sur le sujet et agit pour la santé des femmes en proposant l’installation de distributeurs, approvisionnés de protections bio. Un article de presse consacré à cette entreprise indiquait qu’encore très peu d'administrations et d'entreprises faisaient la démarche d'installer des distributeurs. Pourtant comme le mentionnait l’article, cette initiative rentre pleinement dans une démarche de Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) puisqu’il répond à quatre critères qui sont l'égalité professionnelle, la santé au travail, le bien-être au travail et la réduction des déchets. Cela a renforcé ma conviction que nous avions vraiment quelque chose à faire sur le sujet

Alors concrètement comment va se passer l'action que vous allez engager à compter du 8 mars ?

Cette action prend deux formes. La première, c'est que nous allons procéder à la distribution de 1 400 kits de protection bio sur tout le département. Cette distribution se fera à destination des personnes précaires en lien avec des associations comme le Secours Populaire, le Secours Catholique ou des épiceries solidaires, avec qui nous échangeons pour organiser ces distributions. Des discussions sont également en cours avec la Fédération des Centres Sociaux. Plusieurs syndicats CFDT comme les services 29, défense en Finistère, le syndicat breton banques et assurances, Interco 29 ou le syndicat santé sociaux 29 se sont largement mobilisés pour financer l’achat de kits. D’autres organisent également des distributions dans des entreprises ou des administrations pour revendiquer un accès gratuit à destination des salariés. D'autres encore ont fait le choix de procéder à des distributions auprès d'étudiantes ou de collégiennes situées dans des zones d’éducation prioritaire pour sensibiliser sur le sujet. Les militants retraités viendront nous aider dans la distribution. Et puis, au-delà de cette action symbolique, les équipes syndicales ont été invitées à porter ce sujet à l'ordre du jour de leur comité social et économique pour engager des négociations qui peuvent rentrer dans le cadre un accord de qualité de vie au travail. Nous avons déjà quelques retours et les directions semblent attentives et réceptives sur le sujet. Il est vrai que l’accès gratuit aux protections périodiques peut participer à la réduction de l’absentéisme.

Qu'est-ce que tu attends de cette action ?

Ce que j'attends de cette action c'est que l'on puisse briser un tabou. Certains témoignages que j'ai pu lire sont dramatiques. Il y a un vrai danger pour certaines femmes, à la fois physique et moral, avec des sentiments d'exclusion ou de honte liés à des problèmes d’hygiène. Je pense aussi qu'il ne faut pas préjuger de la situation des femmes et des familles. C’est parfois dans des secteurs professionnels où la précarité ne semble pas présente de prime abord, qu’il y a aussi des femmes en difficulté. C’est insoupçonné parce que c’est difficile d’en parler. C’est un sujet aussi qui ne touche pas que les femmes. Des familles entières peuvent être impactées, des familles avec des difficultés financières passagères, comme celles qui subissent actuellement le chômage partiel lié à la crise, ou des familles monoparentales avec des fratries de filles.

L’action du 8 mars s’appelle « Précarité menstruelle, transformons les règles ». La CFDT en interne est prête à cette transformation ?

Le sujet n’est pas tabou au sein de la CFDT. Je constate avec satisfaction que je suis en lien avec beaucoup d’hommes militants dans la coordination de ce projet. Et pour l’anecdote, parce que l’on se doit d’être exemplaire, les locaux de la CFDT du Finistère seront dorénavant équipés de distributeurs. Si notre action permet de démocratiser l'accès gratuit aux protections périodiques, que cette pratique rentre dans les mœurs, alors je pense que nous aurons gagné notre pari ! 

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