Loi travail : « Tout ne se décide pas dans la rue »

Publié le 03/06/2016 à 12H18
(Article publié dans Ouest-France, le 3 juin 2016) Premier syndicat du département, la CFDT, 17 000 adhérents, favorable à la loi Travail, estime que « le syndicalisme se joue d’abord dans les entreprises et non dans la rue ».

« Tout ne se décide pas dans la rue, ni à Paris. » Hier aprèsmidi, lors d’un point presse à l’union départementale de la CFDT sur la loi Travail, Patrice Forgeau, secrétaire départemental, a rappelé la préférence de son organisation en faveur de la « négo au plus près des salariés en entreprise » . Pour la CFDT, qui a validé la seconde mouture de la loi El Khomri, celle-ci favorise cette « démocratie sociale » qui s’incarne particulièrement dans le fameux article 2, aujourd’hui au centre des polémiques.

« Cet article 2 nous va bien », précise Dominique Primault, secrétaire général de l’union CFDT du pays de Rennes et de Brocéliande. « Tout en gardant le socle du Code du travail et des conventions collectives, cette disposition permet des accords d’entreprises dans l’organisation du travail. Celleci ne peut se décréter au niveau national.» Ces accords d’entreprise « peuvent aussi avoir des vertus, comme à PSA La Janais, en permettant un positionnement favorable à l’arrivée d’un nouveau véhicule ».


Violences de rue


Aujourd’hui, pour la CFDT, c’est la « place du syndicalisme dans l’entreprise qui se joue » . Mais aussi la prise en compte des réalités. « Le monde évolue, l’économie évolue, les métiers évoluent, les statuts des travailleurs aussi. Il faut évoluer avec les salariés dans l’approche syndicale. Le statu quo ne peut plus durer » . Si la CFDT « est en conflit bien souvent avec le patronat » , elle n’est pas « dans la lutte des classes » .

En Ille-et-Vilaine, l’UD CFDT « condamne les violences de rue, regrette les blocages de dépôts de carburants, comme les intimidations lors de la distribution de tracts syndicaux ». Ces méthodes font « la part belle à la radicalité, plus politique que syndicale, qui est surmédiatisée, oubliant que finalement peu de manifestants participent et encore moins de grévistes ».

Plutôt que de défiler, la CFDT préfère «expliquer le projet de loi dans les entreprises et les administrations, rencontrer les élus politiques pour dénoncer les contrevérités colportées et discuter des 100 pages de modifications argumentées » qu’elle propose. Et au sein même de la CFDT ? « Bien sûr, il y a des avis divers sur cette loi. Mais nous discutons entre nous. Nous faisons de la pédagogie. » La CFDT n’est pas dans la situation de 1995 (loi Juppé), où la ligne Notat, réformiste, avait provoqué une scission ayant abouti, entre autres, à l’avènement ultérieur du syndicat Sud.
Éric CHOPIN.